L'IFC (Industry Foundation Classes) est le format d'échange ouvert et neutre des maquettes BIM : un standard développé par buildingSMART et normalisé ISO, que tous les logiciels BIM sérieux savent lire et écrire — c'est le socle de ce qu'on appelle l'openBIM, par opposition aux formats natifs propriétaires comme le RVT de Revit ou le PLN d'Archicad. Un IFC transporte fidèlement la géométrie, la classification des éléments et leurs propriétés ; il transporte mal la logique paramétrique du logiciel d'origine. La règle qui en découle tient en une ligne : l'IFC est un format de livraison et de coordination, pas un format de travail — et c'est pour cela qu'une maquette doit toujours être livrée en deux fichiers, le natif et l'IFC.
Cet article est la suite pratique de notre comparatif Scan-to-BIM : Revit ou Archicad ?. Là-bas, la question était « dans quel logiciel modéliser » ; ici, c'est « comment faire circuler la maquette entre les intervenants sans la dégrader ».
Vous savez déjà quel livrable il vous faut ? Le configurateur chiffre votre relevé et votre maquette en 90 secondes — natif Revit ou Archicad, IFC compris.
Qu'est-ce qu'un fichier IFC, concrètement ?
Un fichier .ifc décrit un bâtiment comme une base de données d'objets, pas comme un dessin. Chaque élément y est classé selon un vocabulaire commun — un mur est un IfcWall, une dalle un IfcSlab, une fenêtre un IfcWindow — avec sa géométrie, sa position dans la structure spatiale (site → bâtiment → étage → local) et ses propriétés organisées en jeux structurés (les property sets). Ce vocabulaire est le même quel que soit le logiciel qui a produit le fichier : c'est ce qui permet à un ingénieur sous un logiciel de calcul d'ouvrir la maquette d'un architecte sous Archicad, ou à une collectivité d'archiver une maquette sans dépendre d'un éditeur.
L'analogie la plus juste : l'IFC est au BIM ce que le PDF est au traitement de texte. Tout le monde peut l'ouvrir, le contenu est fidèle, on peut mesurer, annoter, extraire — mais on ne retourne pas dans le document pour le réécrire confortablement. L'analogie a ses limites (un IFC reste une base de données interrogeable, bien plus riche qu'une image), mais elle donne la bonne intuition sur ce qu'on peut en attendre.
L'openBIM, c'est simplement le principe de faire circuler l'information du projet dans ces formats ouverts : l'IFC pour les maquettes, le BCF pour les remarques de coordination. L'alternative — tout le monde sur le même logiciel propriétaire — ne tient pas dans la réalité d'un projet suisse, où architecte, ingénieurs et installateurs travaillent rarement sur les mêmes outils.
Quelle version d'IFC utiliser en 2026 ?
Trois versions coexistent, et la plus récente n'est pas forcément la bonne :
- IFC 2x3 (avec son correctif TC1) reste, près de vingt ans après sa publication, le standard de fait des échanges : c'est la version que la quasi-totalité des logiciels lit et écrit de manière éprouvée. Si votre interlocuteur ne précise rien, c'est le choix le plus sûr.
- IFC4 — la version normalisée ISO la plus aboutie pour le bâtiment — corrige et enrichit le schéma (géométrie, propriétés, installations techniques). Son adoption progresse, portée par les cahiers des charges BIM récents ; la couverture logicielle est aujourd'hui bonne mais encore inégale selon les outils.
- IFC 4.3 étend le standard aux infrastructures (routes, rails, ouvrages d'art). Pour une maquette de bâtiment, il ne vous concerne pas encore en pratique.
La version ne dit pas tout : un export IFC est aussi défini par sa vue d'échange (Model View Definition), qui précise quel sous-ensemble de données le fichier transporte — la vue de coordination étant la plus courante. Concrètement : ne demandez pas « un IFC », demandez « un IFC 2x3, vue de coordination » ou ce que votre cahier des charges BIM impose. C'est une ligne dans la commande, et elle évite un aller-retour.
Que reste-t-il de votre maquette après un export IFC ?
Revit comme Archicad exportent des IFC certifiés buildingSMART — le sujet n'est pas la capacité des logiciels, mais la nature de la traduction. Voici le bilan honnête.
Ce qui passe bien
- La géométrie. Positions, dimensions, épaisseurs : la précision géométrique de la maquette est conservée. Ce que vous mesurez dans l'IFC est ce que vous mesureriez dans le natif.
- La classification. Un mur exporté en
IfcWallreste identifiable comme mur par tous les outils en aval — filtres, détection de collisions, quantitatifs. - La structure spatiale. Étages, locaux, rattachement des éléments à leur niveau : si la maquette d'origine est bien construite, la hiérarchie voyage.
- Les propriétés structurées. Matériaux, désignations, paramètres métier — à condition que le mappage d'export ait été configuré, ce qui est précisément le travail du modeleur.
Ce qui se dégrade
- La paramétrie disparaît. Une famille de fenêtre Revit, paramétrable en largeur et hauteur, devient dans l'IFC une géométrie figée accompagnée d'attributs. Elle se mesure, elle ne se règle plus. Même sort pour les objets GDL d'Archicad.
- Les éléments ne sont plus nativement éditables. Réimporté dans Revit ou Archicad, un mur IFC est un objet « mort » : on ne le prolonge pas, on n'y insère pas une porte, on ne modifie pas sa composition avec les outils standards.
- La 2D ne voyage pas. Cotations, hachures, épaisseurs de traits, mises en page : tout cela relève du logiciel d'origine et reste dans le fichier natif.
- Les données mal mappées disparaissent en silence. Un paramètre non associé à un property set lors de l'export n'émet pas d'avertissement — il est simplement absent du fichier. C'est le défaut le plus sournois, car il ne se voit pas à l'ouverture.
Pourquoi l'IFC est un format de livraison, pas un format de travail
C'est le point central de cet article, et celui qui évite les mauvaises surprises : on ne « continue » pas une maquette IFC comme on continue une maquette native. Un IFC se consulte, se mesure, se coordonne, se contrôle, s'archive — très bien. Mais l'équipe qui doit faire vivre la maquette (avant-projet, mise à l'enquête, exécution) a besoin d'éléments éditables avec ses outils quotidiens, et cela n'existe que dans le format natif. Recevoir « seulement l'IFC » d'une maquette que votre bureau doit travailler, c'est recevoir une maquette convertie — avec tous les symptômes que nous avons détaillés dans le comparatif Revit/Archicad : éléments figés, paramétrique perdu, 2D à reprendre.
| Fichier natif (RVT / PLN) | IFC | |
|---|---|---|
| Usage | Travailler la maquette : modifier, projeter, produire des plans | Coordonner, contrôler, quantifier, archiver |
| Re-éditabilité | Totale, avec les outils standards du logiciel | Limitée : objets consultables mais figés |
| Pérennité | Liée à l'éditeur et aux montées de version | Format ouvert normalisé ISO, lisible à long terme |
| Destinataires | L'équipe qui fait vivre la maquette | Tous les autres intervenants du projet |
La conclusion pratique ne souffre pas d'exception : livrer les deux. C'est le standard de livraison Studio BIM — chaque maquette part avec son fichier natif, dans votre version de Revit ou d'Archicad, accompagné d'un export IFC, sans supplément. Le détail des livrables figure sur la page Modélisation BIM.
Comment réussir un export IFC ?
La qualité d'un IFC se joue en amont de l'export, dans la construction de la maquette. Nos règles de production, applicables telles quelles si vous exportez vous-même :
- Classer juste dès la modélisation. Chaque élément doit sortir dans sa classe IFC : un mur en
IfcWall, pas enIfcBuildingElementProxy— la classe « fourre-tout » qui neutralise filtres et quantitatifs en aval. - Convenir des jeux de propriétés. Quelles données doivent voyager (matériaux, résistance au feu, numéros de locaux…) ? La réponse appartient au destinataire, et elle se fixe avant de modéliser, idéalement dans le cahier des charges — voir notre modèle d'appel d'offres.
- Soigner la structure spatiale. Un étage IFC par niveau réel, des locaux fermés et nommés : c'est ce qui rend le fichier navigable et les surfaces exploitables.
- Fixer version et vue d'échange par écrit. IFC 2x3 vue de coordination par défaut, IFC4 si le cahier des charges BIM du projet l'impose.
- Contrôler dans un viewer neutre avant livraison. Jamais dans le logiciel d'origine, qui affiche sa propre base de données et masque donc les défauts d'export. Un visualiseur IFC gratuit suffit pour vérifier classes, étages et propriétés — les mêmes contrôles que ceux de notre checklist de réception d'une maquette.
Pourquoi les marchés publics exigent l'IFC
Si vous répondez à des appels d'offres publics, vous avez vu la clause : livraison des maquettes au format IFC. Elle n'est pas un caprice de forme. Une collectivité qui reçoit un fichier natif dépend d'un éditeur — de ses licences, de ses versions, de sa pérennité commerciale — pour relire sa propre donnée dans dix ou vingt ans. Le format ouvert garantit trois choses : l'indépendance logicielle (aucun soumissionnaire n'est avantagé ou exclu par son outil), l'archivage à long terme (un standard ISO documenté publiquement reste lisible), et la coordination multi-métiers sur des projets où personne ne partage le même logiciel. Les recommandations publiques suisses, KBOB en tête, poussent dans ce sens — nous avons détaillé le cadre dans Le BIM est-il obligatoire en Suisse ?.
Pour un mandataire, la conséquence est simple : la maquette de l'existant issue du relevé doit être irréprochable aussi dans sa version IFC, pas seulement dans le natif. C'est un critère de sélection du prestataire scan-to-BIM.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un fichier IFC ?
Un format d'échange ouvert et neutre pour les maquettes BIM, standardisé par buildingSMART et normalisé ISO. Il décrit le bâtiment comme une base de données d'objets classés (murs, dalles, fenêtres…) avec leur géométrie et leurs propriétés, lisible par tous les logiciels BIM indépendamment de celui qui l'a produit.
Peut-on modifier une maquette IFC dans Revit ou Archicad ?
Marginalement seulement. Un IFC réimporté s'ouvre, se mesure et se consulte, mais ses éléments sont figés : ils ne se modifient pas avec les outils standards du logiciel. Pour faire vivre une maquette — la modifier, y projeter, en sortir des plans — il faut le fichier natif, modélisé dans le logiciel cible, pas converti.
Quelle version d'IFC demander ?
En l'absence d'exigence particulière, IFC 2x3 en vue de coordination : c'est la version la plus largement et la plus solidement prise en charge. Si le projet a un cahier des charges BIM qui impose l'IFC4, suivez-le. Précisez toujours la version et la vue d'échange par écrit dans la commande.
Faut-il demander le fichier natif en plus de l'IFC ?
Oui, systématiquement, si votre équipe doit travailler la maquette. L'IFC couvre la coordination, le contrôle et l'archivage ; le natif (RVT ou PLN) couvre le travail quotidien. Chez Studio BIM, les deux sont livrés d'office avec chaque maquette, sans supplément.
Comment vérifier une maquette IFC reçue ?
Ouvrez-la dans un viewer IFC neutre, pas dans votre logiciel de modélisation. Contrôlez quatre points : les éléments sont dans les bonnes classes (peu ou pas de IfcBuildingElementProxy), la structure d'étages correspond au bâtiment réel, les propriétés convenues sont présentes, et quelques cotes de contrôle correspondent au bâtiment. Notre checklist de réception détaille la procédure complète.
Natif + IFC, d'office. Décrivez votre bâtiment et obtenez le prix de votre maquette — Revit ou Archicad, export IFC compris — en 90 secondes : studiobim.ch/devis.