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Ressources · PL. 18 · 9 min de lecture

Le BIM est-il obligatoire en Suisse ? Ce qui change de 2025 à 2030

Aymen Ben Hassine — Architecte · 5 août 2026

Non, aucune loi fédérale n'impose aujourd'hui le BIM à l'ensemble de la construction suisse. Mais la Confédération l'applique à ses propres ouvrages — la stratégie « méthodes numériques » de la KBOB couvre la planification, la réalisation et l'exploitation des ouvrages fédéraux, et armasuisse Immobilier annonce ses grands projets planifiés et réalisés en BIM à partir de 2025 — pendant que de grands maîtres d'ouvrage publics et parapublics l'exigent déjà de leurs mandataires dans leurs appels d'offres. Pour un bureau qui vise les marchés publics, le BIM devient donc une condition d'accès de fait, et le mouvement s'étend, marché après marché, vers l'exploitation des ouvrages à l'horizon 2030.

Ce décryptage détaille qui est concerné aujourd'hui, qui le sera demain, ce que « livrer en BIM » signifie concrètement — et le point que beaucoup découvrent tard : ces exigences portent aussi sur le bâti existant.

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Qui doit déjà travailler en BIM en Suisse ?

La Confédération, sur ses propres ouvrages. La KBOB — la conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d'ouvrage publics — a publié une recommandation BIM qui vise « une compréhension commune du BIM » par les maîtres d'ouvrage publics et toute la branche. Elle est doublée d'outils très concrets : des annexes contractuelles types pour l'application de la méthode BIM (mandataires du bâtiment, mandataires individuels, infrastructures et génie civil), une fiche sur la propriété et la protection des données en BIM, et des guides d'application de la série SN EN ISO 19650 progressivement traduits en français. Sa stratégie « méthodes numériques », approuvée en version 1.0 en avril 2021 puis en version 2.0 le 2 avril 2024, couvre « la planification, la réalisation, l'exploitation et l'utilisation des ouvrages de la Confédération ».

Les grands maîtres d'ouvrage publics et parapublics. armasuisse Immobilier — l'un des plus gros portefeuilles immobiliers du pays — planifie et réalise ses grands projets de construction avec la méthode BIM à partir de 2025. D'autres grands donneurs d'ordre, CFF en tête, publient leurs propres exigences BIM à l'intention de leurs mandataires. Concrètement : si vous répondez à leurs appels d'offres, la question n'est plus « BIM ou pas », mais « quelles exigences d'information, quel format, quel niveau de détail ».

Les cantons et communes, par capillarité. Il n'existe pas d'obligation cantonale généralisée, mais les cahiers des charges de soumissions publiques romandes mentionnent de plus en plus souvent une maquette numérique ou un livrable IFC — et Genève a pris une longueur d'avance sur les autorisations de construire (voir plus bas).

Quel est le calendrier de 2025 à 2030 ?

Les jalons vérifiables, plutôt que les prophéties :

ÉchéanceCe qui s'appliqueSource
2017Le cahier technique SIA 2051 pose les bases et le vocabulaire du BIM en Suisse (publié en décembre 2017 ; retiré fin 2024 au profit de la série SN EN ISO 19650)SIA
2021Stratégie « méthodes numériques » v1.0 de la Confédération (avril 2021) ; annexes contractuelles BIM de la KBOBKBOB
2023Genève : dépôt d'une demande d'autorisation de construire accompagnée d'une maquette BIM au format IFCCanton de Genève (AC-Démat)
2024Stratégie v2.0 (approuvée le 2 avril 2024) : planification, réalisation, exploitation et utilisation des ouvrages fédérauxKBOB
2025armasuisse Immobilier : grands projets de construction planifiés et réalisés avec les informations numériques du bâtimentarmasuisse
Horizon 2030Extension vers l'exploitation : la méthode doit couvrir « l'entier du cycle de vie des immeubles » et instaurer une « gestion permanente des données » par les pouvoirs publicsCap fixé par la KBOB

Deux lectures de ce tableau. La première : il n'y a pas de date couperet unique — la bascule se fait maître d'ouvrage par maître d'ouvrage, marché par marché. La seconde : la direction, elle, ne fait aucun doute. Chaque version de la stratégie fédérale élargit le périmètre, et l'étape suivante est l'exploitation — donc la donnée qui survit au chantier.

Que veut dire « livrer en BIM », concrètement ?

Derrière l'expression, trois exigences distinctes, qu'un cahier des charges sérieux précise séparément.

Une maquette structurée, pas un simple volume 3D

Une maquette BIM au sens des marchés publics est une base de données : chaque mur, dalle, fenêtre ou local est un objet classé, rattaché à son niveau, porteur de paramètres. C'est ce qui permet d'en extraire des surfaces, des quantitatifs, des plans — et c'est ce qui distingue une maquette exploitable d'une visualisation. Le niveau de détail se convient contractuellement ; le LOD 300 est notre standard de livraison et couvre la plupart des usages de projet.

Un format d'échange ouvert : l'IFC

Les recommandations publiques suisses s'appuient sur l'openBIM : le maître d'ouvrage ne peut pas imposer un logiciel à toute une chaîne de mandataires, il impose donc un format d'échange neutre, l'IFC. Savoir produire un IFC propre — bien classé, bien géoréférencé, sans perte d'information — devient une compétence de base ; nous y avons consacré un guide : IFC et openBIM : échanger une maquette sans perte.

Des exigences d'information formalisées

Le vocabulaire de la série SN EN ISO 19650 — celle-là même dont la KBOB traduit les guides — structure la commande : le maître d'ouvrage formule ses exigences d'information, le mandataire y répond par un plan d'exécution BIM (qui modélise quoi, à quel niveau de détail, dans quel format, à quelle phase). Les annexes contractuelles KBOB existent précisément pour cadrer cela sans réinventer le contrat à chaque projet.

Et Genève ? Le dépôt d'autorisation de construire en BIM

Genève est le canton pionnier : la plateforme AC-Démat dématérialise le dépôt et le suivi des demandes d'autorisation de construire, et depuis 2023 un dossier peut être accompagné d'une maquette BIM au format IFC, conforme à la norme IFC publiée par le canton. Deux limites à connaître avant de s'emballer : le dépôt en BIM est optionnel, et selon les modalités publiées par le canton, la maquette vient compléter le dossier de plans classique, pas le remplacer. C'est donc un canal supplémentaire, pas encore un remplacement de la mise à l'enquête classique. Mais le signal est clair : l'instruction des dossiers s'outille pour lire des maquettes, et ce qui est optionnel en 2026 dessine le standard de demain.

Le point aveugle : ces obligations portent aussi sur le bâti existant

C'est l'angle mort de la plupart des discussions sur le « BIM obligatoire » : on pense projets neufs, alors qu'une grande partie des marchés publics romands porte sur de la rénovation, de la transformation et de l'exploitation d'un parc déjà construit — écoles, administrations, hôpitaux, logements subventionnés.

Or on ne rénove pas « en BIM » un bâtiment dont il n'existe aucune maquette, et on n'exploite pas en BIM un parc documenté par des plans papier des années 1970. La stratégie fédérale vise l'entier du cycle de vie et une gestion permanente des données : cela suppose, pour chaque ouvrage existant concerné, une numérisation préalable. Le scan-to-BIM — relevé laser de l'existant, puis modélisation de la maquette sur le nuage de points — est le ticket d'entrée de tout le reste. Sans lui, pas de maquette de l'état existant ; sans maquette de l'existant, pas de projet BIM, pas de dépôt IFC, pas d'exploitation numérique.

La bonne nouvelle : c'est une prestation aujourd'hui banalisée et chiffrable. Comptez de l'ordre de 4 à 15 CHF/m² pour un relevé complet avec maquette BIM, dégressif selon la surface, livré en Revit ou Archicad plus IFC. Le choix du logiciel cible et ses conséquences sont détaillés dans Scan-to-BIM : Revit ou Archicad ?, et l'évolution des méthodes de production dans IA et scan-to-BIM : ce qui change vraiment.

Comment un bureau romand s'y prépare sans tout changer

Pas besoin de plan de transformation à trois ans. Quatre gestes suffisent pour être prêt quand l'appel d'offres exigera une maquette.

  1. Commencer par un projet, pas par une doctrine. Choisissez une rénovation en cours et faites-la vivre en BIM de bout en bout : relevé de l'existant, maquette, plans extraits de la maquette. Un projet réel forme mieux qu'un séminaire.
  2. Exiger des maquettes exploitables de vos prestataires. Format natif (RVT ou PLN) et IFC, structure par niveaux, locaux classés, système de coordonnées documenté. Un livrable « visualisation seule » ne vous servira à rien devant une exigence d'information publique.
  3. S'approprier les documents KBOB. Les annexes contractuelles BIM et les guides ISO 19650 traduits sont publics et gratuits : c'est le langage que parleront vos futurs marchés. Les lire avant d'y être contraint, c'est négocier ses premiers contrats BIM en connaissance de cause.
  4. Numériser l'existant au fil des mandats. Chaque bâtiment relevé et modélisé aujourd'hui est un dossier prêt pour les exigences de demain — un argument qui vaut pour les bureaux comme pour leurs clients maîtres d'ouvrage. Nous accompagnons aussi bien les bureaux d'ingénieurs que les entreprises générales et maîtres d'ouvrage dans cette constitution progressive du patrimoine numérique.

Questions fréquentes

Le BIM est-il obligatoire en Suisse ?

Il n'existe pas de loi imposant le BIM à toute la construction suisse. En revanche, la Confédération l'applique à ses propres ouvrages selon la stratégie « méthodes numériques » de la KBOB, armasuisse Immobilier planifie ses grands projets en BIM dès 2025, et de grands maîtres d'ouvrage publics l'exigent contractuellement de leurs mandataires. Sur les marchés publics d'envergure, l'obligation est donc de fait, pas de droit.

Qu'est-ce que la SIA 2051 ?

C'est le cahier technique « Building Information Modelling » publié par la SIA en décembre 2017 : il a donné à la Suisse un vocabulaire et des bases d'application communs pour la méthode BIM, à destination des architectes, ingénieurs et maîtres d'ouvrage. Ce n'était pas une norme d'obligation, et la SIA l'a retiré de sa collection fin 2024 : le cadre de référence est désormais la série internationale SN EN ISO 19650, dont la KBOB traduit progressivement les guides d'application.

Que demande la KBOB en matière de BIM ?

La KBOB publie une recommandation BIM visant une compréhension commune de la méthode, des annexes contractuelles types (bâtiment, mandataires individuels, infrastructures), une fiche sur les données et une stratégie « méthodes numériques » (version 2.0 approuvée le 2 avril 2024) couvrant la planification, la réalisation et l'exploitation des ouvrages de la Confédération. L'objectif affiché : prendre en compte l'entier du cycle de vie des immeubles et instaurer une gestion permanente des données.

Peut-on déposer un permis de construire en BIM à Genève ?

Oui, partiellement : depuis 2023, une demande d'autorisation de construire déposée via la plateforme AC-Démat peut être accompagnée d'une maquette BIM au format IFC conforme à la norme du canton. Le dépôt en BIM reste optionnel et, selon les modalités publiées par le canton, la maquette vient compléter le dossier de plans classique, pas le remplacer.

Comment passer au BIM sur un bâtiment existant ?

Par un relevé scan-to-BIM : scan laser 3D du bâtiment, puis modélisation d'une maquette Revit ou Archicad sur le nuage de points, livrée avec son export IFC. C'est le préalable à tout projet BIM de rénovation ou d'exploitation sur de l'existant. Comptez de l'ordre de 4 à 15 CHF/m² selon la surface, avec un niveau de détail LOD 300 en standard.


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